Voyage au coeur du marché de Rungis

Marché de Rungis, 230 hectares de nourriture en pâture aux plus offrants.

22 décembre 2012, il est précisément quatre heures du matin et comme chaque premier mardi du mois de l’année, Pascal brave la douceur du temps et ses intempéries pour parcourir les vingt-­cinq kilomètres qui le séparent du colossal marché de Rungis. Commune du Val ­de­ Marne d’à peine six mille âmes qui peut se féliciter de sa présence au coeur même d’un marché de Rungis d’intérêt national.
Le marché de Rungis dispose donc d’un marché des plus prisés puisqu’il alimente des dizaines de milliers de professionnels en tous genres et ce, en raison de son activité permanente sur un réseau de distribution à l’échelle internationale.
Arrivé une fois de plus sur place, Pascal à ses petites habitudes. Ses achats qu’il effectue parmis les 230 hectares qui représentent l’ensemble du marché de Rungis
n’ont qu’un seul et unique but, du poisson de qualité pour son établissement de travail et de distribution, la poissonnerie familiale.

Tout d’abord, il va saluer ses collègues des pavillons agricoles proposant des produits de tous types venus du monde entier, puis il prend généralement le café avec Maurice, ancien collègue de travail à la poste de Créteil récemment reconverti dans le fromage, ce bond du lait vers l’immortalité.
Pas de temps à perdre, le marché de Rungis est vivant et il n’attend pas les retardataires, Pascal se dirige vers « La criée », le pavillon des produits de la mer…
Le marché d’intérêt national de Rungis est propriété de l’État français depuis 1969
et est approvisionné par des milliers de camions, trains et avions venus de tous pays pour réaliser tout approvisionnement nécessaire. L’aéroport d’Orly est seulement situé à quelques kilomètres, permettant ainsi la livraison dans des délais suffisamment rapides de divers et variés produits frais.
Souvent critiqué pour son côté « usine à gaz », avec ses « requins », ces personnes moins scrupuleuses achetant des produits plus ou moins frais à des prix cassés et plus ou moins adaptés au marché, pas toujours soucieuses de la qualité du produit mais plutôt de son attractif rapport qualité­prix !
Marché de Rungis, noyau central de la chaine de distribution national
Le marché de Rungis permet donc de centraliser les produits, de les traiter et de maîtriser le noyau central de la chaîne de distribution sur le territoire hexagonal,
sans oublier de faciliter les contrôles tout comme l’adaptation des prix sur le marché. Vingt mille commerçants par nuit, cinq cents tonnes de déchets, mille quatre cents grossistes et une concurrence impitoyable ornent ce paquebot de plusieurs centaines de mètres de long venant restaurer un français sur cinq et que l’on surnomme, à juste titre, le ventre de Paris.
Marché de Rungis, noyau central de la chaine de distribution nationalAlors Pascal s’immobilise, hume les odeurs du marché de Rungis et s’arrête un instant sur le contenu des propos impétueux des négociants franciliens. Il ne peut s’empêcher de s’amuser à penser à son rôle dans tout ce brouhaha et surtout lequel il joue ou non. Terminé les familles de hippies dans le Larzac prétendant nourrir les cinq continents avec leurs huit kilogrammes de fromages, leur trentaine de grammes de nous ne savons quoi et le pêcheur de truite qui appelle à voter « Chasse, pêche, nature et traditions » et qui voudrait nous mettre tous au pilori de sa routine « bière/pâté », quitte à l’accrocher à un bout de bois à cinq cents euros pour s’autoproclamer autosuffisant sans vraiment d’hésitation.
Pascal veut de la qualité, de la quantité et non des moindes, et le tout pour pas un radis. Cerise sur le gâteau, il souhaite aussi que cela se fasse dans la minute et il le sait bien, pour cela le marché international de Rungis prévaut.
Pascal a fini de penser en cette nouvelle matinée de passée et il maintient toujours que la mise en place d’institutions qui permettent d’aider l’humanité à grandir collectivement, bien qu’il puisse être sujet de faire quelques sacrifices si chers à nos élites, cela est avant tout progressiste et nietzschéo-marxiste. Et puis c’est quand même un combat plus sympa que celui d’aller faire déféquer son Saint­bernard dans quelques heures déjà !